Là où Windows a reculé ou n'a jamais percé - 2/6

Commençons par les segments où Windows a fini par disparaître. Ils recouvrent deux réalités distinctes. Dans certains cas, Windows tenait une position réelle avant d’être supplanté : le smartphone (Windows Mobile culminait à ~42 % du marché américain des smartphones en 2007), le pare-feu d’entreprise, l’infoloisir automobile. Dans d’autres, il s’agit d’une percée ratée — Microsoft a tenté d’entrer sans jamais s’implanter : la tablette, la montre connectée, le casque de réalité virtuelle, le stockage en réseau. Dans les deux cas, les dates sont précises, car un abandon logiciel se date — à une fin de commercialisation, à une fin de support.

La frise ci-dessous rassemble ces retraits successifs sur une douzaine d’années.

graph LR
  %% --- Styles ---
  classDef abandon fill:#ffcdd2,stroke:#c62828,stroke-width:2px,color:#000

  Y2012["2012<br/>Forefront TMG<br/>(pare-feu)"]:::abandon
  Y2013["2013<br/>Mediaroom<br/>(IPTV) revendu"]:::abandon
  Y2015["2015<br/>Windows RT (tablette)<br/>Media Center (TV sur PC)"]:::abandon
  Y2016["2016<br/>Ford SYNC passe à QNX<br/>Microsoft Band arrêté"]:::abandon
  Y2017["2017<br/>Windows Phone<br/>fin de support"]:::abandon
  Y2023["2023<br/>Windows CE (embarqué)<br/>fin de vie"]:::abandon
  Y2024["2024<br/>Windows Mixed Reality retiré<br/>HoloLens 2 : fin de production"]:::abandon

  Y2012 --> Y2013 --> Y2015 --> Y2016 --> Y2017 --> Y2023 --> Y2024

Les smartphones#

Ici, il faut distinguer deux époques. Avant l’iPhone, Microsoft était un acteur sérieux du smartphone avec Windows Mobile (héritier de Pocket PC, sur base Windows CE), qui équipait des appareils HTC ou Dell tournés vers l’entreprise (courriel push, intégration Exchange). Windows Mobile atteint son pic en 2007, culminant à environ 42 % du marché américain des smartphones ; il figurait alors parmi les principaux systèmes du secteur, derrière le leader mondial Symbian (l’OS des Nokia). Il faut toutefois garder l’échelle en tête : le smartphone n’était encore qu’une niche — l’immense majorité des 1,15 milliard de téléphones vendus en 2007 étaient des téléphones classiques —, et sur l’ensemble du marché du téléphone, Windows restait marginal.

L’arrivée de l’iPhone (2007) puis d’Android (2008), pensés pour le tactile grand public, balaie Windows Mobile en quelques années. Microsoft tente une relance avec Windows Phone 7 (2010) : une rupture côté interface (le nouveau langage visuel « Metro ») et écosystème applicatif — incompatible avec les logiciels Windows Mobile — même si, techniquement, le noyau restait celui de Windows CE. Ce n’est qu’avec Windows Phone 8 (2012) que Microsoft adopte le noyau Windows NT, partagé avec le PC. Mais la relance ne décolle jamais : le pic n’est que de 3,6 % des ventes mondiales de smartphones au troisième trimestre 2013 (IDC), quand Android dépasse déjà 80 %. Puis la chute : 0,3 % fin 2016, et l’abandon en 2017.

Aujourd’hui, le marché est un duopole : selon StatCounter, en juin 2026, Android capte 69 % des systèmes mobiles dans le monde, iOS environ 31 %. Fait notable, ces deux systèmes appartiennent à la famille Unix : Android repose sur un noyau Linux, et iOS sur Darwin, dont le noyau XNU marie un micro-noyau Mach et une couche BSD — un héritage plus complexe qu’il n’y paraît, que je détaille dans l’article sur les licences permissives. Windows a disparu du téléphone, remplacé entièrement par des OS bâtis sur des fondations Unix.

Sources :

Les tablettes#

Même trajectoire, plus brève. En octobre 2012, Microsoft lance Windows RT, une variante de Windows 8 pour processeurs ARM, avec la première tablette Surface. L’échec est rapide : incompatibilité avec les logiciels Windows classiques, confusion pour les acheteurs. La Surface 2, l’un des derniers appareils sous Windows RT, est abandonnée en janvier 2015, sans chemin de mise à jour vers Windows 10. Le support s’éteint définitivement en janvier 2023.

Le marché de la tablette est aujourd’hui partagé entre iPadOS et Android ; Apple représente à lui seul près de 42 % des livraisons mondiales au dernier trimestre 2025 selon IDC. Windows subsiste à la marge sur des hybrides « 2-en-1 », qui relèvent davantage du PC portable que de la tablette.

Sources :

Les montres connectées#

Microsoft a lancé le Microsoft Band, un bracelet connecté, en 2014, puis le Band 2 en 2015. La commercialisation cesse dès octobre 2016, et l’équipe est dissoute. Le coup de grâce vient le 31 mai 2019 : Microsoft ferme les services en ligne du Band, retire les applications et supprime les données, avec un programme de remboursement pour les derniers utilisateurs actifs. Le segment est aujourd’hui tenu par watchOS (Apple, en tête) et Wear OS de Google, ce dernier reposant sur Linux.

Sources :

Les casques de réalité virtuelle et augmentée#

En 2017, Microsoft pousse Windows Mixed Reality, une plateforme VR intégrée à Windows, avec des casques fabriqués par Acer, Asus, Dell, HP, Lenovo et Samsung. La plateforme est dépréciée en décembre 2023, puis purement et simplement retirée de Windows 11 lors de la mise à jour 24H2, fin 2024 : les casques concernés cessent alors de fonctionner.

Microsoft avait aussi son propre casque, mais de réalité augmentée : le HoloLens (première édition en 2016, HoloLens 2 en 2019), sous une variante de Windows, destiné à l’entreprise et à l’armée américaine (le programme IVAS). Même issue : la production de HoloLens 2 s’arrête en octobre 2024, sans successeur ; le support prendra fin en 2027 ; et en février 2025, Microsoft confie le contrat militaire IVAS à Anduril. Microsoft quitte donc la XR sur ses deux fronts, la VR grand public comme l’AR professionnelle.

Le marché est largement dominé par Meta (casques Quest, environ 75 à 80 % des livraisons, sous un dérivé d’Android), devant Apple (Vision Pro, sous visionOS) — dans les deux cas, pas de Windows.

Sources :

Les téléviseurs et box TV#

Microsoft a eu une plateforme de télévision sur IP pour les opérateurs — d’abord nommée Microsoft TV IPTV Edition, puis rebaptisée Mediaroom en 2007 — qui a équipé des offres de télévision par ADSL au milieu des années 2000. En France, Club Internet a ainsi lancé, en 2006, sa télévision par ADSL sur cette plateforme Microsoft, côté décodeur TV (et non côté modem internet). Microsoft revend Mediaroom à Ericsson en 2013 (transaction close en septembre 2013) et sort du secteur. Côté grand public, Windows Media Center — le logiciel de télévision et d’enregistrement sur PC — n’est pas repris dans Windows 10 (annoncé en 2015) et disparaît.

Les téléviseurs connectés et boîtiers d’aujourd’hui tournent tous sur des systèmes dérivés de Linux : Tizen (Samsung), webOS (LG), Android TV / Google TV, Roku OS (Roku, un acteur américain du streaming TV), Fire TV (Amazon). Le leader varie selon la région — Roku aux États-Unis, Android TV / Google TV dans une grande partie du reste du monde — mais dans tous les cas, Windows n’a aucune présence sur ce segment.

Sources :

Les pare-feu réseau#

Microsoft a proposé un pare-feu et proxy d’entreprise, d’abord sous le nom ISA Server, puis Forefront Threat Management Gateway (TMG). En septembre 2012, Microsoft annonce l’arrêt du développement ; le produit n’est plus commercialisé à partir de décembre 2012, et le support étendu s’achève en avril 2020. Aucun successeur maison sur site n’est proposé.

Le marché s’est reporté sur des appliances fondées sur FreeBSD (les populaires pfSense et OPNsense) et sur des systèmes propriétaires (FortiOS de Fortinet, PAN-OS de Palo Alto Networks). C’est un cas net : Windows était présent, il ne l’est plus.

Sources :

Les NAS (stockage réseau)#

Microsoft a visé le stockage domestique avec Windows Home Server (2007), dont le support s’achève en janvier 2013 ; son dernier avatar, Windows Home Server 2011, est resté supporté jusqu’en avril 2016. Le produit phare grand public sous ce système, le HP MediaSmart Server, avait déjà été abandonné fin 2010.

Le marché du NAS grand public et professionnel est aujourd’hui entièrement à Linux et BSD : Synology DSM et QNAP QTS reposent sur Linux ; TrueNAS, longtemps sous FreeBSD, est passé à Linux en 2022. Windows a quitté le stockage en réseau.

Sources :

L’automobile#

L’automobile offre un exemple concret d’un abandon de Windows au profit d’un concurrent nommément identifié. Les systèmes d’infoloisir Ford SYNC, dans leurs première et deuxième générations, reposaient sur Windows Embedded Automotive (Microsoft Auto). En décembre 2014, Ford annonce SYNC 3, déployé sur les modèles 2016 : il abandonne Windows au profit de QNX, un système temps réel propriétaire de BlackBerry. Les générations suivantes sont restées sous QNX.

Plus largement, le marché des systèmes d’exploitation automobiles est aujourd’hui dominé par QNX — fort de sa certification pour les fonctions critiques (freinage, direction), avec autour de 38 % du marché en 2025 d’après le cabinet Mordor Intelligence — et par Android Automotive sur l’infoloisir. Ni l’un ni l’autre n’est Windows ; et QNX n’est pas Linux, mais un système propriétaire de la famille Unix.

Microsoft n’a d’ailleurs jamais publié de date de fin de vie unique pour sa plateforme automobile (Windows Embedded Automotive) : elle s’est éteinte progressivement au fil des années 2010. Il ne faut pas la confondre avec le socle embarqué généraliste Windows CE / Windows Embedded Compact, dont la dernière version a atteint sa fin de vie en octobre 2023 — un jalon qui concerne l’embarqué au sens large (terminaux industriels, bornes…), et non l’automobile en particulier.

Sources :

Proposer une modification

Par Yanal-Yves FARGIALLA • Mis à jour le 18 août 2026 (Rédaction assistée par IA, révision finale par l'auteur)
Sauf mention contraire, ce contenu est placé sous licence CC BY-SA 4.0. CC BY-SA 4.0